Pauvre Martin

 

Avec leur sac sur les épaules
En écoutant danser le vent
Ils arpentaient les bois de Lormes
En rang d’oignon en randonnant
Comme s’ils faisaient l’ tour de la Terre
Mais c’n’était qu’le tour du Morvan
 
Il s’en perdit un jour d’automne
Quand la brume côtoie le vent
On en vit prier la madone
Des champs d’honneur en s’écriant :
Si ce n’est pas la Grande Guerre
C’est quand même le tour du Morvan
 
Or par bonheur une Mélusine
Sur le chemin leur fit présent
D’une bonbonne, le jus de la vigne
Les enivra abondamment
Se virent sortis de la galère
Et reprirent le tour du Morvan
 
Ils dévalèrent monts et rivières
Randonnant même à travers champs
Bien des villages improvisèrent
Des haies d’honneur en s’esclaffant :
La randonnée, la belle affaire,
Ce n’est vraiment plus comme avant
Ils titubèrent jusqu’à Lormes
Dans cet état bien affligeant
Au gite vite qu’ils s’endorment 
Plus question de… randonnement
Les autochtones se dirent : Misère,
Et ça veut faire l’tour du Morvan !
 
En ce bas monde de vétilles
Les meilleures choses n’ont qu’un temps
Le lendemain vers la grande ville
Ils durent partir et rondement
Pour retrouver leur pied-à-terre
Tant pis pour le tour du Morvan
 
Et dedans leurs automobiles
En rang d’oignon embouteillant
Ils ânonnaient sur leurs mobiles
Qu’la randonnée, c’est distrayant,
En exhortant leurs congénères
D’aller faire le tour du Morvan !