Dans l’eau de la claire fontaine

 
Au bord de la fontaine claire
Dès que juin sera venu
Je ferai l’école buissonnière
La vie sans poèmes m’exténue
 
On y aperçoit le village
Là-bas le toit de ma maison
Tu vois Du Bellay qu’avant l’âge
J’ai bien retenu ta leçon
 
A toi Ronsard j’offre la rose,
Dès ce matin cueillie très tôt
Si Dame Nature en dispose
On la verra faner bientôt
      
Pour Hugo et sa barbe blanche,
De bruyère je coupe des fleurs,
Il pourra les porter dimanche
A sa fille là-bas vers Harfleur
 
A Verlaine pour qu’il ne chancelle,
Je prends dans le petit jardin
Du vieux tremble des pousses nouvelles,
De Velléda j’effleure la main
 
De Rimbaud j’ai ouvert le livre,
Puis j’ai brisé quelques roseaux,
Dieu qu’il s'en fasse un bateau ivre
Pour dévaler le fil de l’eau
 
Ne t’en déplaise Apollinaire,
Ici pas de pont Mirabeau,
C’est un village bien ordinaire
Mais vers  la Seine court le ruisseau
 
Baudelaire, quand tes ailes blanches
Ma fontaine survoleront
On verra frissonner les branches,
D’effroi les passereaux s’égayeront
 
Tonton Georges, si tu me pardonnes
L’emprunt de cette mélodie,
Peu pratique le téléphone,
Un sourire de Sète me suffit
 
Mais l’été passe vite et comme
Charles d’Orléans l’aurait prédit
Viendra le manteau monotone
De vent, de froidure et de pluie
 
Feuilles mortes, comme dans le poème,
De Prévert se ramasseront,
Et mes feuilles de claire fontaine,
Dans le vent se disperseront
… Disperseront.